Voilà, voilà, toi tu fais ton coq de bruyère là, tandis que d'autres,
bin ils ont bientôt fini leurs vacances.
Alors c'est un peu tristesse et désapointement vois-tu.
Mais comme je suis chic, je t'ai ramené des photos pour que tu sois un peu jaloux,
et que tu pleures dans ton camping-car qui sent la friture sous la pluie battante
du 15 août à Palavas.
Le lieutenant-colonel Art J. Solonone tremble de la tête aux pieds.
Il tente de contrôler ces tremblements, de les internaliser, mais c'est plus fort que lui.
Il est assis, seul, dans la chambre du Mort, comme l'ont appellé avec ironie les membres
de l'équipe de préparation.
Ah, se dit-il. J'aurais bien besoin de cette ironie en ce moment-même, tiens.
Son corps est raide, tendu comme un hauban d'hypercarbone, et il tremble par
secousses, sans être capable de s'arrêter. Le psychologue lui avait dit qu'il aurait
forcément à en passer par une phase de choc, mais comme il ne lui était rien arrivé
avant, il pensait l'avoir évitée.
Comme il le regrettait.
Dans la Tour de Guet (encore un sobriquet stupide - inventé par l'équipe d'aiguillage cette fois)
l'effervescence était extrèmement silencieuse. Après les innombrables répétitions, chacun
savait exactement ce qu'il avait à faire. L'attente de ce moment crucial avait été telle
pour tous ces techniciens, qu'aucun n'aurait songé céder à la panique, uniquement de peur de
rater cet instant d'aboutissement.
Pour Solonone, c'était très différent. Seul, à bord du Naglfar, il savait qu'il n'avait pas le droit
à l'erreur. Paradoxalement, il n'aurait que très peu d'ouvrage à bord, mais il portait sur les
épaules toutes les espérances d'une planète - et beaucoup de ses enfants dans les soutes.
C'était cette exacte perspective, si exaltante lorsqu'il avait accepté, si terrifiante à l'heure
du départ, qui le rendait incapable de bouger, terrassé par la peur.
Dehors, sur l'immense plaine dressée pour lui, le vaisseau attendait. Titanesque, monstrueux,
le Naglfar luisait au soleil, exposant fièrement ses formes effilées et rebondies
à tous les regards alentour. C'était lui qui avait récolté le plus de surnoms, et tout le monde
y avait été de sa proposition. Le Monstre, La Bête, Le Nocher, Lilith, Big Boy... Mais aucun
plus glacial que son nom véritable.
Dans la chambre du Mort, on a dû faire venir une équipe médicale pour injecter un
cocktail de Tranquiléine au colonel. Puis l'équipe l'a traîné hors de la chambre, et poussé dans
le couloir. C'est un échec, en un sens, la chambre du Mort étant sensé servir à isoler définitivement
le pilote du vaisseau, le séparer complètement de tout ce qui n'est pas le vaisseau.
Puisqu'il n'y a pas de voyage de retour prévu, et que le temps du voyage et de l'Eclosion
fera arriver le pilote au bout de sa vie, le pilote est considéré comme mort en entrant
dans sa dernière chambre.
Enfin, il n'était pas prévu qu'il craque au dernier moment.
C'est donc bourré de drogue que Solonone se dirige vers la rampe d'élévation,
sur le flanc de Naglfar. Il marche bien droit, sa terreur implacable complètement
occultée par le flot de tranquilisants charrié dans ses veines. Les excitants, quant à eux,
lui permettent de saluer les caméras de façon hystérique, mais qu'importe.
Engoncé dans sa combinaison, bouffi comme un poussah, il aurait été quoi qu'il en soit
assez ridicule. Il se dit qu'au fond, s'il avait su, il se serait injecté lui-même la Tranquiléine
avant d'entrer dans la chambre. Il avait la patate comme jamais.
Plus tard, lorsque les effets auraient cessé, et qu'il aurait réalisé, il pleurerait comme jamais.
Naglfar, quoi que le colonel fasse, se tient plus droit, plus grand, plus haut que le pilote.
Naglfar est majestueux, et obscène. Naglfar est l'espoir et la honte. Une bite énorme,
une barque puante remplie de cadavres. Ou presque.
Solonone y a souvent pensé. Rien ne garantit qu'ils arrivent en état. Il peut se passer des millions
de choses pendant le voyage, et très peu d'entre elles sont agréables.
Même une fois arrivée. Même si l'Eclosion se passe bien. Après, tout peut aller de travers.
L'inconnu a un pouvoir d'attraction, de séduction phénoménal - mais aussi une qualité
insoupçonnée pour pervertir les plans les mieux aboutis. Une fois l'homme mis en face de
l'inconnu, rien n'est plus garanti.
Solonone retient sa respiration pendant l'ascension ultra-rapide de la cabine extérieure.
Il rentre dans le vaisseau d'une façon soudaine, de la cabine au sas, du sas au couloir de pont.
La cabine de commandement est là, presque tout de suite. Il réalise brutalement qu'il est au bout
du chemin, que le chuintement discret qu'il entend, c'est le sas qui se retire.
C'est presque le bout du voyage, en fin de compte. Il est déjà arrivé.
Il soupire un peu, puis s'asseoit, s'harnache.
Il allume toutes les consoles, teste les communications avec la Tour, lance tous les protocoles
les uns après les autres.
Là-bas, dans la Tour, l'effervescence atteint un niveau sonore insoutenable, comme une
ruche prise de démence. Puis, alors que tous les systèmes sont mis en route, c'est Naglfar
qui se joint au concert.
Mais personne ne peut rivaliser avec la Bête. Ses tuyères de 60 mètres de haut et de 30 mètres
de diamètre font plus que trembler le sol lors de l'allumage.
Elles creusent un cratère gigantesque dans la plaine construite à cet effet unique.
Le bruit est assourdissant, les rares fous sans protection à moins d'un kilomètre sentent
vibrer les os de leur crâne.
D'une manière absurde, le titan se soulève, défiant par sa taille grotesque la pesanteur
terrestre. Voir cette masse monstrueuse décoller donne une sensation de vertige terrible,
et ceux qui y ont assisté savent qu'ils ne pourront jamais l'oublier.
Ils savent aussi qu'ils sont, à moyen terme, tous condamnés. Que l'espoir de leur peuple
est en train de s'enfuir devant leurs yeux, mettant un point final à leur participation
à ce sauvetage pré-programmé, quelle qu'elle soit.
Maintenant, seul le lieutenant-colonel Solonone est maître à bord.
Seul. Avec un millier d'ordinateurs et une cargaison morbide.
Mes coquins,
aujourd'hui on va faire un peu de copinage.
Unjeune garçonfort sympathique a pu, grâce à mon concours et son grand talent
d'écrivain, être introduit parmi leshautes sphèresde l'édition française.
Il a pu alors publier son ouvrage - de qualité - qui va sortir le 24 août prochain,
et qui s'appelle Tokyo Rhapsodie.
Vous pouvez d'ores et déjà consulterdes extraitsde façon régulière jusqu'à sa publication, sur
le site prévu à cet effet.
Je pense n'avoir pas besoin de préciser aux mineurs et aux personnes sensibles de ne
pas lire ce livre, car il estréservéaux papas et aux mamans (enfin ceux qui baisent).
Cela dit, je ne puis qu'encourager les autres à lire ce livre - surtout à venir en masse me l'acheter -
car, même si son érotisme peut paraître parfois brutal et éprouvant, il n'en est pas moins des plus
efficace et extrèmement bien décrit. C'est d'ailleurs là une de ses grandes forces, nous avons
là du cul écrit avec talent. Mais, ce que je trouve personnellement encore plus intéressant dans
cet opuscule licencieux, c'est la peinture très réaliste de la société japonaise contemporaine,
d'autant plus véridique que l'auteur y est resté 6 ans. C'est vraiment un ouvrage
indispensable pour les passionnés de culture japonaise, même s'il est centré sur le cul (et la bite, voire
la chatte), car je ne connais pas à l'heure actuelle d'ouvrage de fiction franco-français qui
nous montre aussi bien ce qu'est le Japon aujourd'hui.
Je fis des rêves pénibles, mon enfance encore. Non pas qu'elle fut spécialement
désagréable, mais j'aurais bien voulu enfin m'en détacher. Je me réveillais assez tôt à cause du grondement lointain du tonnerre qui approchait.
Je me suis péniblement étiré dans plusieurs directions en même temps comme
je pouvais, en composant avec l'exiguïté de la cabine arrière. J'ai ouvert la porte près
de ma tête et je suis sorti à côté de la voiture.
J'ai humé l'air lourd, chargé d'humidité et d'électricité. J'aimais la promesse des orages
à venir. Cette tension palpable, physique, me donnait l'impression saisissante de vivre
sur une terre encore bouillante d'énergie, je trouvais ça grisant.
J'aurais voulu pouvoir, une fois, être droit en dessous d'un orage très bas au moment
pile où il éclate, pour pouvoir sentir l'odeur barbare du premier éclair. Mais bon,
ça me rendrait sourd, voire mort.
J'ai jeté un oeil à l'avant, et je me suis arrêté net.
La portière était ouverte. Je me penchais à l'intérieur, je constatais que la gangue de mousse
était brisée, comme si tout l'avant de sa surface avait explosé. Bien sûr, Irene n'était pas
dedans.
Ce qui m'ennuyait beaucoup, c'est que je savais très bien qu'on ne pouvait pas sortir
soi-même comme ça. Impossible. A moins d'être un mutant surhumain.
Pas que je n'en aie pas déjà rencontré - ça non - mais je ne pensais pas qu'Irene
en soit. Je l'aurais sans doute remarqué, elle n'aurait pas eu cette attitude-là avec
moi, non plus. Je savais que les personnes "augmentées" par la science étaient toutes
un peu dérangées. La manipulation des chimies complexes de leur organisme
avait toujours un effet sur le caractère. Certaines devenaient simplement
psychotiques, d'autres manacio-dépressifs, d'autres encore hystériques... La plupart
à un niveau assez mineur, pas pour en faire des fous incontrôlables non plus - mais tout
est relatif.
Irene en tout cas ne m'avait pas paru être comme ça. Parler sans arrêt n'étant pas, à ce
que je sache, un symptôme d'aliénation.
Je réfléchissais à ce qui avait pu se passer quand j'entendis un klaxon derrière moi.
Une vieille dépanneuse brinquebalante arrivait sur la route. Vu le modèle et l'état, je pouvais
m'estimer heureux d'avoir attiré l'attention d'un garagiste avec mon appel d'urgence, visiblement.
Je reportais mon attention sur la portière ouverte et ses alentours. L'herbe du talus était
fortement foulée près de la portière, et faisait une trace s'enfonçant dans la prairie toute proche,
se perdant dans les hauteurs démentes de l'herbe du diable.
Irene se serait fait enlever pendant que je dormais par plusieurs personnes qui aurait
fait exploser la mousse ?
Je savais que j'avais le sommeil lourd, mais tous ces mystères avaient sur moi
un effet électrisant formidable - à moins que ce fut l'orage approchant.
Petit foutriquet, j'ai bien été en peine quand j'ai vu que personne ne m'avait laissé
de commentaires sur mon dernier post (à part ma bonne femme mais je lui avais
fait un chèque).
Ainsi j'ai bien failli te punir en te laissant sans nouvelles pendant très longtemps,
et puis en fait j'ai refait la radio, mais prend vraiment pas ça comme un cadeau
à ton intention enculé.
Tu sais parfois le succès est une chose incroyable. Mon post de blog le plus lu ever
toutes catégories confondues c'estlui.
Alors je sais pas, peut être que c'est l'effet Poitou, tu vois. J'ai peut être découvert une
donnée fondamentale sur les surfeurs du net de la France d'aujourd'hui : ils viennent à 50%
uniquement du Poitou. Ou alors c'est un coup de leurprésiputedentede région
pour truster le ouaibe deux zéro.
Va savoir.
Quoi qu'il en soit, tu ne le sais peut être pas, mais cette phrase de titre de post
je l'ai piquée à unmec super sympa, et elle est suivie de "... c'est qu'elle aura enfin été bien faite"
de mémoire. Et c'est accessoirement la demi-citation la plus belle du monde.
Bon ok y'a des phrases plus poétiques et mêmedes critiques de cinémaqui ressemblent
à de la poésie pure, mais baste, ne boudons pas notre boudin (n'importe quoi moi).
Sinon je voulais te dire, je sais que tu es très pressé, mais Antibal va revenir bientôt, t'inquiète pas,
je suis sur un tournant de la construction de l'histoire là, je digère mes idées, je reviens
quand j'aurais lu tous lesStrangedes toilettes.
Et en attendant, un poème sur la guerre qu'il est beau, dont le titre est au-dessus de tout cet
étalage de mots sans queue ni taie (et oui j'ai piqué le début àVictor).
Deux mains, à l'aube;
A l'heure où aucun bon chrétien
Ne devrait être levé;
Ont saisi mon paquetage et l'ont
Posé devant ma porte.
C'étaient mes mains.
La voiture du bonhomme responsable
Est venue me prendre chez moi devant
Ma famille qui regardait
- ces gens-là n'ont aucune pudeur -
Et je leur ai fait mes adieux.
Je sais très bien qu'on en revient pas,
Malgré tout ce qu'on dit.
Une fois qu'on y est c'est pour la vie.
Là-bas on fait pas long feu,
Si vous me passez l'expression,
D'ailleurs c'est pour ça qu'ils prennent
Tant de gens.
Moi j'ai eu l'choix,
On m'a même pas posé la question
A savoir si je voulais ou pas,
Sinon j'aurais répondu non.
C'est pas des choses à faire dans la vie, ça,
Messieurs, un conseil d'un gars qui la fait,
Faites pas la guerre,
C'est pas un métier d'avenir.
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